Ateliers TEXTES

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La recherche dans cet axe s'effectue au sein de deux ateliers:

L'atelier de poétique "le coup de la panne". 

Responsable scientifique: Nathalie SOLOMON

Mots-clés: récit -narratologie - poétique - dysfonctionnement textuel - programme narratif -

Les pannes textuelles (blancs, perte de contrôle par le narrateur, promesses non accomplies, fausses pistes, inachèvement…) sont largement décrites et répertoriées par la critique, qui peut ainsi décrire le texte comme un espace d’intentionnalité où se déploie un « programme narratif » émanant d’une instance que Proust, Genette et d’autres nous ont appris à connaître. Un texte (le plus souvent un récit, mais pas seulement) s’avance vers une réalisation que quelque chose vient contrarier, rendant l’accomplissement textuel aussi périlleux que les événements relatés dans l’histoire. En dignes héritiers du structuralisme, les narratologues décrivent les dysfonctionnements du récit comme le fruit d’une découverte fructueuse par le lecteur des surprises qui lui sont réservées. Michel Charles exprimait cela clairement il y a déjà vingt ans : « Mettre au jour un dysfonctionnement n’est jamais que montrer, exhiber une dynamique textuelle, un mouvement, donc un déséquilibre, qui seul permet au discours d’"avancer". Pour suivre et comprendre le texte, le lecteur doit rectifier sans cesse son parcours et abandonner des pistes. » (Introduction à l’étude des textes, 1995)
Le récit est alors « dévoyé » selon la définition proposée lors d’un séminaire que l’équipe d’accueil VECT de l’université de Perpignan a tenu autrefois sous l’intitulé « avoiement, dévoiement, fourvoiement ». Notre équipe avait alors montré la fécondité de ces accidents de parcours. Plus tard, nos travaux sur l’impasse ont permis de continuer dans cette direction en considérant les entreprises littéraires comme une succession d’écueils que les auteurs victorieux – ou pas – auront surmontés. Ces réflexions nous ont vite amenés à nous demander en quoi l’impossibilité structurelle d’avancer serait un élément constitutif des textes. Si l’impasse impliquait une impossibilité, nous avions posé l’hypothèse d’une intervention qui serait de l’ordre du dépassement : quand on ne peut plus avancer, il s’agit de trouver une solution, de dégripper la machine. L’impasse a pu être vue comme un moteur, un facteur de dynamique textuelle, se retrouvant ainsi promue procédé de création.

Nous nous proposons aujourd’hui de continuer dans cette direction en réfléchissant à ce qui se joue derrière le dysfonctionnement, en supposant un dispositif conscient qui tiendrait du guet-apens. Un lecteur dupé, s’imaginant connaître sa destination, se trouve tout à coup pris au piège d’un dispositif qui le coince, qui l’arrête dans son élan et l’inquiète, comme si l’écriture intégrait la possibilité de son propre sabotage, comme si, en somme, on lui avait fait le « coup de la panne ».
Le séducteur moyennement franc, sournois ou inventif selon les points de vue, simule une panne de moteur afin d’amadouer sa passagère et de parvenir à ses fins. C’est cette ruse du récit, son intentionnalité, qui pourra nous intéresser, sans qu’il soit interdit de filer l’image : une panne mécanique et une panne d’essence, ce n’est pas la même chose. La première suppose un défaut structurel qu’il s’agit de réparer en profondeur avant de repartir, alors que la seconde renvoie à un manque provisoire qui exige un simple « ravitaillement ». On peut s’interroger sur ce que supposent ces modalités de conduite du récit, en partant de la question du « coup » que nous fait l’auteur (ou le dramaturge, le poète voire le cinéaste) : mensonge ou séduction, mensonge et séduction.

Ci-dessous sont esquissées quelques directions que prennent les interventions :

1- Représentations fallacieuses du récit (narrateurs non fiables, récits contradictoires).
2- Remplacement d’un projet narratif par un autre.
3- Modification de la diégèse par l’expression du programme narratif.
4- Surabondance d’éléments textuels.
5. Appauvrissement délibéré du récit.
6. Effets de sérendipité (volontaires ou involontaires)

Un colloque clôturera les travaux de l’atelier les 15-16 et 17 mars 2018.

 

 

 
L'atélier d'écopoétique.

Responsables scientifiques: Jonathan POLLOK et Bénédicte MEILLON
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Mise à jour le 21 juillet 2017